jeudi 21 novembre 2013

La pédagogie Charlotte Mason et l'école à la maison.

Plus je lis Charlotte Mason, plus j'aime sa vision de l'éducation. Très populaire dans les pays anglophones, elle reste assez méconnue en France, faute d'ouvrages traduits.
"Home education" est pourtant souvent considéré comme étant la Bible du Homeschooling.


L'enseignante britannique, convaincue que les parents peuvent fournir aux enfants une instruction de grande qualité en suivant des préceptes simples , était contemporaine de Maria Montessori, dont elle a vivement critiqué les méthodes.
Une lettre adressée au Times ne laisse aucun doute sur ce que Mason pensait de Montessori, et notamment sur les exercices de vie sensorielle, qu'elle trouvait désastreux parce qu'ils sont "uniquement scientifiques", centrés sur un matériel "sec": dépourvus de valeur morale, esthétique ou encore inspirante.

Selon elle, la pédagogie Montessori omet une chose essentielle: la nourriture de l'esprit, aussi vitale chez le jeune enfant que la nourriture du corps.

Pour Charlotte l'éducation est une atmosphère, une discipline, une vie.
Nous devons entretenir la vie intérieure de l'enfant avec des idées, et pour satisfaire sa boulimie intellectuelle, l'apport de connaissances doit être extrêmement abondant, riche et varié.
Tout le programme doit être basé sur l'idée que l'enseignement ne doit pas être juste une présentation de faits et de connaissances "sèches".Les sujets doivent au contraire être présentés de façon à élever l'esprit.
L'enfant doit baigner tout entier dans un environnement culturel et intellectuel foisonnant.

Voici quelques points concrets de la pédagogie Charlotte Mason:

1: Un bon comportement

Les apprentissages "formels" ne doivent pas être abordés avant la sixième année. Avant cet âge, l'enfant évolue dans le cadre familial -qui est le plus sécurisant pour lui- et apprend par le jeu à adopter un bon comportement durable. C'est ce sur quoi il faut se concentrer les six premières années: construire les fondations qui permettront ensuite à toute l'éducation de se bâtir solidement.

Elle préconisait de tout mettre de côté si de mauvaises habitudes apparaissaient chez l'enfant, et de se focaliser sur chaque mauvais comportement séparément, pendant une période de quatre à six semaines.
Il s'agit, de manière douce, d'encourager l'enfant à perdre ses mauvaises habitudes avant que celles-ci ne s'installent durablement.

2: Des leçons très courtes

Une leçon dure de 5 à 45 minutes grand maximum. Pour un enfant de 6-10ans, elle préconise un temps de 15 minutes environ.
L'objectif est de leur apprendre à travailler concentrés; or on ne peut pas raisonnablement demander à un enfant de maintenir sa concentration plus longtemps.
Dès que l'enfant montre des signes d'agitation, elle recommande de changer de matière. Par exemple passer de l'écriture à la musique, ou des mathématiques aux travaux manuels.

L'enfant approfondira beaucoup plus les domaines dans lesquels il a des affinités et des facilités: sa progression sera forcément hétérogène.
Mais la succession de nombreuses petites leçons chaque jour permet de s'assurer qu'il ne délaisse aucune matière, même s'il avance à un rythme différent dans chaque domaine.

L'environnement de travail n'est pas forcément silencieux: l'enfant doit apprendre à surmonter la distraction, et à maintenir sa concentration dans diverses ambiances, y compris bruyantes.

3: Les "living books"(livres vivants)

Les "living books" de Charlotte Mason sont l'exact opposé des manuels scolaires traditionnels. Un living book est écrit par une personne passionnée par le sujet, qui va chercher à transmettre une connaissance de manière vivante.
Peu importe que le livre fasse deux ou cent pages, pourvu que chaque ligne transpire la passion de l'auteur.
Mason les préconise pour tous les thèmes possibles.

Les manuels scolaires peuvent être utilisés, mais uniquement s'ils remplissent les critères du "living book" (ce qui… n'arrive pas souvent: l'immense majorité étant des ouvrages impersonnels, factuels, qui insultent l'intelligence de l'enfant).
L'idée est d'apporter à l'enfant des histoires inspirantes, qui vont construire ses valeurs et le faire chercher à s'élever, quel que soit le sujet. Robinson Crusoé, L'Ile au Trésor, Le Livre de la Jungle … sont de parfaits exemples de living books: des ouvrages bien écrits, inspirants, et qui exaltent l'imaginaire.

Pour qu'un livre soit un "living book", il doit remplir quatre critères:
-La plume est-elle d'excellente qualité?
-Contient-il des connaissances appropriées aux enfants?
-La lecture apporte t'elle à l'élève cette petite étincelle de plaisir et d'imaginaire?
-Cet ouvrage aura t'il un impact positif sur l'esprit du lecteur?

4: Grammaire et narration

Narration orale: Il faut pousser l'enfant à parler souvent de ce qu'il a vu, lu et vécu. Le but est de l'aider à organiser sa réflexion, d'apprendre à synthétiser ses connaissances, et de l'entraîner à s'exprimer clairement.
Jusqu'à 10 ans environ, Mason préconise d'énormément insister sur cette oralité, et seulement ensuite de passer à l'expression écrite.

Grammaire: comme l'expression écrite, la grammaire est introduite extrêmement tardivement.
Puisque c'est l'étude des mots, et non des choses, elle n'est pas étudiée avant l'âge de dix ans: les capacités d'abstraction étant trop limitées durant la petite enfance. En attendant, la pratique de la copie, de la narration, et de la dictée posent de solides fondations pour l'étude ultérieure de la grammaire.

5: Dictées et copies

Les dictées sont préparées. Les textes doivent être courts mais de très grande qualité littéraire. L'enfant lit la dictée jusqu'à ce qu'il en connaisse l'orthographe et la ponctuation. Puis l'enseignant dicte, et surveille chaque mot à l'instant où l'enfant l'écrit. Il faut le faire corriger immédiatement les erreurs, pour que ce soit fait dans le contexte et que l'enfant ne s'imprègne pas de la mauvaise orthographe.

La copie de textes très courts est elle aussi régulière.
Elle apprend à l'enfant à écrire comme il a appris à parler: par l'imitation.

6: L'art et la musique

On a toujours cette trame de fond primordiale, chez Charlotte Mason, qui est d'exposer l'enfant à un environnement culturel aussi riche que possible.
Charlotte pensait que les oeuvres d'art reflétaient les grandes idées de chaque époque, qu'il fallait les faire étudier dès 6ans, et encourager l'enfant à fréquenter concerts et musées.
Chaque oeuvre découverte doit donner lieu à une narration orale (telle que décrite plus haut).

Elle recommande également les travaux manuels, durant lequel les enfants apprennent lentement et attentivement ce qu'ils doivent faire avec la grande variété de matériaux mis à leur disposition.
Deux mises en garde toutefois concernant cet artisanat:
-ce qui est réalisé doit être soigné (le travail négligé ne doit pas être autorisé)
-il ne doit pas être futile (pas de napperons en papier par exemple)

7: L'étude de la nature

Charlotte pensait que les enfants devaient passer le plus de temps possible dehors: plusieurs heures par jour. Même au lycée: les élèves travaillent six matinées par semaine, mais les après-midis ne sont jamais travaillés puisqu'ils sont passés en extérieur, à faire du sport et à observer la nature.

Dans un carnet qu'ils portent toujours avec eux, les élèves sont encouragés à observer leur environnement et à faire des croquis légendés. Cette pratique donne tout son sens à l'étude scientifique. Les croquis sont de plus en plus complexes au fil des années.
Ce travail, réalisé au coeur de la nature, permet l'étude de l'écosystème dans son ensemble, plutôt que d'étudier en classe une espèce sortie de son contexte.
Il apprend également la patience, et l'observation.

8: Les mathématiques

L'enfant manipule toujours des objets avant de manipuler des concepts. Il doit d'abord réfléchir par oral aux problèmes mathématiques de la vie courante, avant d'en venir aux problèmes écrits.
Il me semble que la méthode de Singapour correspond bien à la pédagogie Charlotte Mason en ce qui concerne les mathématiques.

9: Les sciences sociales

Bible: Comme Maria Montessori, Charlotte Mason était très attachée à l'instruction religieuse. Elle préconise de lire un petit passage de la Bible chaque jour, pour les valeurs et la culture.

Histoire: Dans un classeur, les élèves consignent des fiches sur chaque période étudiée et sur chaque personnage historique et sur chaque évènement important rencontrés dans les living books, romans, biographies, visites culturelles... Ces fiches sont rangées par ordre chronologique, et le classeur accompagne l'enfant tout au long de son apprentissage. C'est le "livre des siècles": une "frise temporelle" personnelle.

Géographie: Comme beaucoup d'autres matières, la géographie s'apprend au travers des living books (tels que des guides de voyage!), et par l'étude de cartes. Elle est intimement liée à l'Histoire et souvent travaillée en parallèle: la géographie, c'est l'Histoire des lieux.

Langue étrangère: Si Charlotte Mason préconisait le français, nous le lui rendons bien en étudiant l'anglais! Son enseignement doit être vivant, au travers d'activités variées.



Tous les articles sur la pédagogie Charlotte Mason:


27 commentaires:

  1. C'est tellement dommage d'opposer ces 2 pédagogies, qui sont pourtant parfaitement complémentaires ! Et je n'adhère pas du tout aux préconisations d'âges, si rigides, car mon fils de 4 ans était malheureux à l'école, malheureux de ne pas avoir la possibilité d'apprendre à lire et à compter. Depuis qu'il est à la maison, c'est chose faite ! Il sort son petit matériel à chaque fois qu'il en a envie, et le range lorsqu'il n'en a plus envie. Sa curiosité intellectuelle est ainsi satisfaite en parfaite autonomie et pour son plus grand bonheur :-) Il dévore tous les mots qui croisent son regard et passe des heures plongé dans les magazines de son grand frère.
    A côté de ça, les 2 frères (4 ans et 6 ans) passent des journées entières à inventer des jeux de toutes sortes, faisant appel à une créativité sans limites !
    Je pense que Charlotte Mason, comme tant d'autres, a voulu exprimer sa méfiance par rapport à une pédagogie qui montrait tant d'engouement de part le monde. Ce qui est dommage, c'est qu'elle n'a pas pris la peine de s'immerger dans l'univers de Maria Montessori sur une durée suffisamment longue pour en percevoir tous les aspects. La critique est toujours facile. Mais lorsqu'on lit tous les ouvrages de M. Montessori, on comprend très vite que le but n'est pas de contraindre les enfants à être scolarisés à l'âge de 3 ans. Bien au contraire ! Elle incite chaque parent, chaque pédagogue à écouter et à répondre aux besoins de leurs enfants. Et si son expérience s'est déroulée en milieu ouvrier très défavorisé, ainsi qu'auprès d'enfants dits "anormaux", en très grande difficulté d'apprentissage, c'est peut-être aussi un geste "politique", pour prouver que même les soi-disant laissés pour compte ne le sont pas, à partir du moment où la possibilité leur est donnée de voir et faire autre chose.
    Mais à aucun moment, elle ne parle d'imposer une durée de travail à un âge donné. NON. C'est bien l'inverse qu'elle prône. Saisir les moments opportuns, ce qu'elle appelle les "périodes sensibles", oui, mais en respectant le rythme propre et les particularités individuelles de chaque enfant.
    Tout est fait pour favoriser l'autonomie. Et ce merveilleux principe basé sur l'auto-correction est une telle bénédiction pour la confiance en soi de nos enfants !
    Voilà... Dans toute chose, il y a toujours de merveilleux bénéfices à tirer et tant à apprendre. Alors quel dommage de commencer par une critique...

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  2. Bonsoir Anonyme.
    Je ne suis absolument pas pour Mason et contre Montessori. Si j'ai voulu faire connaître un peu mieux la pédagogie Mason, trop méconnue en France, c'est au nom de la diversité: parce qu'un autre regard, est toujours bon à prendre, surtout quand il est aussi éclairé que celui de Mason.

    Les rares articles français que j'ai pu lire sur Mason l'abordent "dans l'ombre" de Montessori, comme deux pédagogies un peu "pareilles". Or ce sont deux approches que je trouve très différentes.

    Si j'ai commencé par aborder l'opinion que Mason avait de la pédagogie Montessori, c'est justement pour montrer à quel point elle ne se situait pas dans le sillage de la célèbre "gracieuse dame italienne" comme elle l'appelait.

    La critique de la pédagogie Montessori n'est donc pas de moi (qui la connaît trop peu pour émettre un tel jugement de valeur) mais de Mason elle-même, d'après la longue lettre adressée au Times et que j'ai citée en lien. Elle estime pour sa part que les enfants élevés dans la pédagogie Montessori sont dans un état qu'elle qualifie d' "hypnotique".
    Elle écrit en parlant de ces étudiants Montessori: "There’s no chance to gradually paint a lively backdrop in his mind that will enrich his life. No fairies play in his imagination, no heroes stir his soul, God and the good angels form no part of his thoughts. The child and the adult he’ll become are nothing more than a scientifically created phenomena, produced as the result of a lot of sensory tactile experience and a little seeing and hearing."

    Elle n'était d'accord avec Maria Montessori que sur un unique point: l'enfant est une personne, qui mérite le respect. Ici s'arrête sa gratitude, et elle affirme rejeter le reste en bloc.

    Cela étant, le choix d'une méthode -sans tomber dans le dogmatisme- c'est aussi et surtout une question de feeling. Mason a sa pierre à apporter dans le paysage des pédagogies alternatives, et je trouve qu'elle y est sous représentée en France.
    Pour ma part j'avoue ne jamais avoir accroché avec Montessori (dont je garde toutefois quelques apports qui me parlent), mais me reconnaître tout à fait chez Charlotte Mason.

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  3. Je rejoins le commentaire d'Anonyme. Quel dommage d'avoir voulu mieux faire connaître Charlotte Mason en l'opposant à Maria Montessori ! Tu écris que la critique de la pédagogie Montessori n'est pas de toi mais en la relayant et en en faisant le titre de ton article, tu donnes pourtant l'impression de la valider. Ma première envie de découvrir ce personnage grâce à ton article reste forte mais entachée par cette lettre adressée au Times. Une personne qui se définit et définit sa pédagogie contre une autre personne et une autre pédagogie au lieu de faire valoir ses propres apports me déçoit d'emblée. C'est un sacré manque de confiance en soi que de se définir ainsi. De plus, en lisant cette lettre (que je n'avais pas lue lorsque j'ai commenté l'article sur FB), je n'ai pu m'empêcher de bondir en ne reconnaissant absolument pas ce que j'ai pu observer de Montessori, en vrai et non dans les livres, blogs ou qu'en dira-t-on! Le toucher ne prime pas sur la vue ou sur tout autre sens. Ce qu'elle énonce: "The expensive equipment needed in her method, and the reliance on sensory touch instead of sight, and developing the senses at the exclusion of everything else, are serious mistakes." est en effet pertinent mais faux quand elle l'associe à la pédagogie Montessori ! De même, cette phrase : "It’s claimed that ‘giving the eyes a break by developing and using the sense of touch’ is good for education. But we haven’t even determined whether this unnatural practice is safe." me laisse sans voix! Il ne s'agit pas de dissocier la vue du toucher mais de les associer. Et quoi de plus naturel et primordial que le toucher. Ce sens est le plus développé à la naissance. Un bébé sent une caresse sur sa peau avant même de voir et d'entendre correctement. C'est le sens le plus naturel qui soit (cf. l'importance du peau à peau pour les nourrissons; l'importance du contact de la main dans les situations de fin de vie; le massage qui détend les tensions, etc...). Quant à l'imagination, la créativité et le bain de culture qui ne seraient pas présents chez Montessori, il suffit de prendre les grands récits, l'expression artistique (cf. le magazine Montessori innternational de juillet 2013 qui en fait son titre et le coeur de son dossier) et le cosmopolisme d'une classe Montessori pour faire tomber comme un jeu de cartes les arguments de Charlotte Mason à l'encontre de cette pédagogie. Enfin, je trouve choquant et contradictoire qu'elle utilise "should" et "shouldn't" associé à l'enfant. Tout comme le fait de ne pas "autoriser le travail négligé". Que faisait-elle en cas de travail peu soigné? Elle déchirait la feuille même si l'imagination et la créativité de l'enfant s'y étaient exprimées? Je vais aller me faire ma propre opinion en lisant ses ouvrages plutôt que ses lettres ouvertes "contre". J'espère y trouver plus riche que le contenu de cette lettre. Encore une fois, il est périlleux de critiquer une pédagogie sans la connaître intrinsèquement. Cela est vecteur de fausses idées, d'ignorances et dévalorise le travail d'éducateurs entièrement dévoués à l'enfant en tant que personne.

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    1. bonne critique Aurore et Anonyme, la pédagogie Montessori demande du temps et un grand dévouement pour être à l écoute de l enfant et je reconnais la critique de C.Mason comme une critique de quelqu un qui a vu Montessori que quelques instants ,et pas dans le temps .....

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  4. *international (désolée pour la coquille!).

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  5. Chère Aurore,
    J'aime les écoles Montessori comme j'aime toute ecole qui forme des gens "hors du moule", loin de la pensée unique. Parce que je crois en la richesse d'une diversité intellectuelle que l'éducation nationale annihile.
    Par contre j'aime aussi la liberté de pouvoir lire les pour et les contre de chaque pédagogie
    . Mason avait son avis sur la question, et je ttrouve qu'il mérite d'être lu, même si c'est pour en déduire comme tu le fais qu'elle s'est fourvoyée: la critique fait avancer.

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  6. Pour ce qui est décrit de l'esprit de Charlotte Mason (que je ne connais guère), je trouve que c'est plutôt compatible avec Montessori (sauf peut-être 5 et 6 mais là je n'y ai pas trop réfléchi pour Montessori)...
    Comme Aurore, je trouve dommage de commencer un article très intéressant par une critique aussi dure envers Montessori (là vous avez pris un risque, je crois que Montessori est bien apprécié dans la blogosphère ;-) ...), même si les critiques font avancer.

    J'aime le principe des living books !

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  7. Je vous remercie de m'avoir fait connaître Charlotte Mason dont j'avais déjà lu le nom, je n'ai pas le temps aujourd'hui d'essayer d'en savoir plus mais je vais m'y intéresser. Je vais essayer de me faire une opinion sans jugement de valeur sur ce que peut apporter sa pédagogie. Ce qui sera déterminant pour moi sera de me renseigner sur ses préconisations concernant les apprentissages et le handicap. Je sais que Maria Montessori s'y est fortement intéressée et que sa pédagogie y répond assez bien dans de nombreux cas. En ce qui concerne mon fils qui est dyspraxique visuo-spatial et dysgraphique sévère, la copie, la dictée la recopie, l'écriture et les mémorisations par répétitions de l'écrit sont néfastes et lui demandent une douloureuse concentration visuelle et praxique sans qu'il existe chez lui une mémoire praxique qui puisse l'aider... A l'époque de Charlotte Mason ceci n'était franchement pas un handicap visible et l'on aurait pu l'accuser de mauvaise volonté comme cela a déjà été le cas lorsqu'il était scolarisé d'ailleurs.... Donc et ceci est mon avis tout personnel que cela concerne Maria Montessori, Charlotte Mason ou Françoise Dolto (que l'on cite à tous va en référence pour cette dernière en oubliant que les enfants qui étaient ses contemporains et leurs parents ne sont plus les mêmes ainsi que la société entière et sa vision de l'enfance ont radicalement changé) je me demande si ces dernières voyaient leurs idées figées dans le temps, et immuables comme bien souvent on les représente actuellement, et si à la lumière de nouvelles connaissances, nouvelles découvertes, nouvelles pensées enrichissantes elles n'auraient pas réactualisé leurs pédagogies ou leur principes .Ceci étant mon avis et n'engageant que moi.Pour ma part, je ne vois pas cet article comme un procès à Maria Montessori ni comme un Match Mason Vs Montessori, mais comme une entrée en matière en partant d'un point opposé d'une différence-clef pour découvrir tout le reste...Simplement un procédé littéraire, reprocherait-on à Stendhal d'utiliser la technique de "la truite qui remonte la source" dans ses livres ? :) Cela fait parler, cela amène un autre point de vue, c'est bien, mais il ne faut pas prendre l'article dans sa globalité au 1er degré je pense. Et encore cela n'est que mon avis. C'est vrai que j'aime bien le donner par contre en général...

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  8. Chère Laure,
    Merci pour ta réponse que je rejoins. La critique fait avancer, en effet, surtout lorsqu'elle permet de révéler des erreurs et qu'elle lève le voile sur des zones d'ombre. Les mots "richesse d'une diversité intellectuelle", "hors du moule", "loin de la pensée unique" résonnent fortement en moi! :-)
    En écho à une réflexion d'Eugénie, seuls ceux qui ont sombré dans le dogmatisme appliquent les pédagogies alternatives à la lettre et telles qu'elles ont été proposées à l'origine, je pense. Les autres se les ont appropriées et les ont faites évoluer. C'est l'esprit et les grandes lignes de toutes ces méthodes qui sont intéressants et riches. Vive la liberté d'apprendre. :-)
    Bon, ce matin, je suis revenue bredouille de la bibliothèque concernant Charlotte Mason (j'ai donc commandé le livre!) mais avec des trésors sur l'Inde pour toute la famille ("Ganges" du photographe Jon Nicholson et "Rajasthan" par Roloff Beny). Et c'est en lisant ton article que j'ai eu cette idée de montrer de "beaux livres" de photos à mes enfants! Merci.

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  9. Eugénie: j'avoue ne pas m'être penchée sur le problème des "dys" en particulier, n'étant pas exposée au problème. Par contre si je me suis intéressée si particulièrement à Charlotte Mason, c'est que sa pédagogie semble particulièrement fructueuse avec les enfants autistes et asperger, grâce à l'insistance sur l'oralité, et grâce au bain culturel qui aide l'enfant à travailler sa sensibilité sociale.
    Ca fera l'objet d'un très prochain article d'ailleurs.

    Aurore, j'ai hâte d'avoir ton avis sur ses écrits. Tu dois être meilleure anglophone que moi.

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  10. Merci pour cette réponse, nous sommes en plein dans le sujet :l'incroyable de la chose étant qu'après avoir enfin pu passer la deuxième partie d'un bilan neuropsychologique vendredi dernier mon fils (9 ans) a désormais rdv avec un neuropédiatre, ce que nous réclamions depuis de nombreuses années... Il semblerait que la "dyspraxie" de mon fils s'intègre en fait dans le syndrome d'asperger dont elle serait un symptôme plutôt qu'une dyspraxie ou dysgraphie isolée et que la différence de plus de 30 points entre le qi verbal et performance qui avait déjà été mise en évidence (dès la maternelle à l'école!) soit aussi "typique". Quel gâchis et quel temps perdu! Si la pédagogie de Charlotte Mason fait la part belle à "l'oralité" (le point fort si je puis m'exprimer ainsi dire de mon fils) je vais m'y intéresser d'autant plus. Merci encore.

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    1. Etes-vous sûre que la bonne méthode a été employée, avant de faire ces diagnostics ? Voir ceci :http://l-ecole-a-la-maison.com/autisme-dyslexie-disent-ils-vrai/#.UsBKpLS9LYw

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  11. Cela fait quelque temps que j'ai entendu parler de Mason sans jamais prendre le temps de la lire. Comme ce soir je viens de recharger de nouvelles lectures mon ebook, je viens d'y ajouter le premier tome de Home education, facile à trouver gratuitement en ligne.
    Ma dernière lecture à m'avoir marqué est "the teenage liberation handbook" avec le même rapport aux livres écrits par des passionnés.

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  12. j'aime l'idée du livre des siècles !!! merci pour cette belle inspiration car j'étais à la recherche d'un classement en histoire et celui "par année scolaire" ne me convenait pas.

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  13. Merci miss, je ne connaissais pas mais cela recoupe ce que je pense et fais avec mes enfants bien que pour ma part je ne l'oppose pas à Montessori.

    J'aime son classeur du temps, très parlant. J'aime les living books (ex. ma fille, pour l'Égypte du voyage mensuel, lit en ce moment "Le roman de la momie"), cela me semble si plein de sens et évident.
    Pour les maths, ici c'est Frères Lyons.
    En tout cas merci pour cette découverte :)

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    1. bonjour, j'ai lu quelques échanges. Je vois combien ces pédagogies sont intéressantes. Là ou je ne comprends pas trop, mais c'est surement parce que je n'ai pas lu Mason, c'est que Montessori fait la part belle à l'oralité dans l'apprentissage du langage avec de nombreux jeux, ainsi que pour les premières lectures ( en dehors des nomenclatures ) il est souvent utilisé des livres fort similaires à ce qu'il est décrit plus haut. Je pense que l'une connaissait mal l'autre. Aujourd'hui ce qui est intéressant c'est de voir l'apport de chacune et de s'en nourrir.
      Je ne vois pas d'opposition à prendre en chacune ce nous semble en cohérence avec l'observation sur le terrain.
      N'oublions pas que leurs écris datent déjà, et s’inscrivent dans leur temps, à nous d'adapter.

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    2. Bonjour Epanouisens.
      Si j'ai évoqué cette opposition entre les deux dames, c'est parce que j'ai énormément lu d'amalgames entre ces deux pédagogies que je trouve pourtant très différentes.
      Je n'ai personnellement rien contre Montessori, je suis absolument POUR les pédagogies alternatives parce que je pense que nous avons un énorme besoin de gens hors du moule.
      J'ai repris de Montessori beaucoup d'idées, et un petit peu de matériel.
      Mais c'est très différent de la vision éducative de Mason.
      Mason estime que les apprentissages doivent se faire au coeur de la vie, dans un cadre culturel et affectif. Par exemple les cadres d'habillages seraient pour elle une hérésie, un enfant apprenant, selon elle, à s'habiller avec ses propres vêtements et l'aide de ses parents. Tout comme les boîtes de couleurs Montessori: dans la pédagogie Mason l'apprentissage des couleurs se fait dans les livres et dans les poésies…

      Et je suis entièrement d'accord avec vous en ce qui concerne le fait de prendre chez chacune ce qui semble en cohérence avec l'enfant. Le dogmatisme pédagogique est stérile parce chaque individu est différent.

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  14. Un article très intéressant. Merci, je vais me renseigner.

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  15. Tout à fait d'accord avec l'article, point par point, nous partageons.

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  16. Article très très intéressant! Merci pour le partage...
    Je suis vraiment désolée, par contre ,de tous ces commentaires. On dirait que Montessori est intouchable (humour, hein, vu ses influences en Inde.) Nous ne nous tournons pas justement vers les pédagogies alternatives alternatives contre tout dogme? Montessori elle même disait que sa pédagogie n'était pas figée... Il faut être honnête : Montessori manque peut-être de féerie et de sensualité, comme le pense Mason. Mais si 1 élément n'ai pas idéal, faut-il tout rejeter en bloc? Ou faut-il adapté?
    Bien sûr que Mason et Montessori ne peuvent pas être partout sur la même longueur d'onde. L'une passe par la relation maître donnant le savoir et l'autre par l'autonomie! !!
    Bref, prenons ce qu'il y a de mieux dans chaque façon de voir l'éducation d'un enfant :) selon ce qui touche les parents...
    Alors mille merci pour l'article et pour le lien de la lettre de Mason : quelle ouverture ranimant ma passion!

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  17. Bonjour,
    Comme d'habitude je lis vos publications et j'adhère à ce que vous partagez.
    Nous avons 4 enfants. Dont 3 ont "gouté" à l'école...
    Je ne vais pas m'épancher, mais nous avons bien ramé, bien chuté, bien cherché, avant de les déscolariser, "en aveugles".

    2/4 sont HP (dont un ascolaire), les autres pas encore testés...
    Nous sommes donc en zone sensible, blessée, changeante...

    Nous avons beaucoup appris sur les "pédagogies" depuis deux ans.
    Nous avons bien entendu commencé par Montessori, à petite dose d'abord puis à 100%, puis, coup de stress, retour aux "programmes" puis saturation, pour finir par le unschooling selon John Holt (une merveille).

    Mais je suis moi "conditionnée" donc c'est difficile le unschooling pur, du coup lorsque vous avez commencé à parler de Chalotte Mason nous avons enfin trouvé notre voie !
    MERCI !

    Oui, certaines pédagogies, si elles sont suivies à la lettre sont incompatibles entre elles, en école surtout c'est d'autant plus compliqué.
    Mais en famille c'est formidable de profiter de ces pédagogies éprouvées depuis...

    Nous avons donc opté pour Charlotte Mason (living-books et français,spirituel, sciences, histoire et géographie), John Holt (apprentissages par la pratique (musique, arts visuels, menuiserie, cuisine, rythme de l'enfant), Maria Montessori (éveil sensoriel, mathématiques et grammaire (tard !), Danièle Dumont (écriture) !!!
    Cela fait un truc du tonnerre, ça fonctionne et c'est évolutif !

    Je retrouve en chacun de ces pédagogue plusieurs choses qui vont dans le même sens, chaque enfant est unique, a ses rythmes, ses goûts et il faut être discret dans ses apprentissages.

    Ce n'est pas un statut d'enseigner, mais une tâche complexe parce que sans cesse en évolution.

    Je ne suis pas capable de juger l'une ou l'autre de ces pédagogies, seulement de savoir si à mes enfants elles conviennent et pourquoi... Ce qui est déjà pas mal !

    Encore une fois merci. Je reviens toujours avec beaucoup de plaisir vous lire.

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    1. Je vois que vous prenez dans chaque méthode ce qui enrichit l'enfant. Utilisant Dumont depuis 12 ans dans ma classe, et ayant introduit Montessori (en l'adaptant) depuis 4 ans, j'ai relevé moi aussi ce qui fait la force de chacune et ce qui manque/se complète... Je m'en vais me pencher sur Holt et je retrouve mes commentaires sur le manque d'imagination de la démarche Montessori... Mais n'oublions pas que chacune de ces méthodes s'adressaient à un public différent et en un temps différent (Dumont étant largement la plus récente ;) )

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  18. Bonjour. On est censé faire copier à l enfant et lui dicter des textes contenant de l imparfait par exemple, alors qu il n a pas été étudié?
    Connais-tu des living books de grammaire, conjugaison...?
    Merci!

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    1. Bonjour !
      La copie, comme la dictée, est progressive. Textes simples au présent pour les débutants, puis on va progressivement choisir des extraits plus complexes. Mais sans rien inventer: en piochant dans la belle littérature.

      Pour la grammaire et la conjugaison elle est étudiée directement dans les living books. Déjà parce que l'enfant qui en lit énormément a déjà d'excellentes bases. Mais aussi parce que nous utilisons, pour l'analyse par exemple, des passages littéraires. J'espère avoir répondu à la question ;-)

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  19. Bonjour Laura, Mathilde, Clotilde et Laurence,
    Maman de 4 enfants (8-7-5 et 3 ans), je lis régulièrement vos blogs et je vous remercie pour tout ce que vous partagez.
    Nous pratiquons l'IEF (sans CPC pour le moment) depuis 3 ans et vous êtes une bouffée d'oxygène dans ma motivation, les idées mais aussi dans les valeurs que vous transmettez.
    Merci pour vos partages, vous entraînez certainement beaucoup de mamans silencieuses.
    Cordialement, Isabelle

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  20. Article très instructif.
    Je ne connaissais pas du tout la pédagogie de charlotte Mason, c'est en faisant une recherche sur son livre que je suis tombée sur cet article enrichissant.
    J'ai vu quelques critiques en commentaire de la manière dont est rédigé l'article...
    J'ai bien évidemment déjà entendu parlé de la methode Montessori, à laquelle je n'adhère pas totalement.
    En revanche en lisant cet article, je suis très curieuse de découvrir la pédagogie de charlotte Mason...
    Merci donc pour cette découverte.

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  21. Bonjour,
    bien que je pensais avoir parcouru l'ensemble de ton site, je trouve encore des articles comme autant de trésors pour la réflexion sur l'éducation et l'approche pédagogique.
    Je suis éducatrice montessori, mais chez les 6/12 ans, je suis une formation longue, mais très riche, qui nous emmène loin dans la compréhension de la pensée de M. Montessori.
    Je pense que ce qui distingue radicalement les deux pédagogues est avant tout le côté institutionnel de l'école pour la première, et l'instruction en famille ou en petit groupe (préceptorat) pour la seconde.
    Montessori a eu à faire des concessions par rapport à ses premières mises en place : elle inscrivait pourtant ses école dans le mouvement Bahaus, beaucoup d'espace, de nature. Mais la réalité est ainsi faite que ce ne fut que rarement possible... C'est donc dans la classe de maternelle que s'invite désormais la nature par les plantes et fleurs. Pour le reste, je trouve Mason assez rude envers son approche, pour dire vrai injuste, mais j'entends aussi l'appel de cette grande dame pour une petite enfance libérée, demandant aux parents en ayant les moyens d'éviter l'institution et de préférer les grand air et les apprentissages informels. Piaget, qui fut président de l'association Montessori International un temps, se détourna de la voie tracée par l'italienne pour asseoir ses propres théories et affirmer lui aussi l'importance d'une petite enfance sans école.
    Toutefois, dans le cadre de nos sociétés, en particulier celle française, qui scolarise de plus en plus jeunes ses enfants, j'ai une grande confiance dans l'approche et le matériel didactique Montessori.

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